Mise à jour du 27 mai 2019:
En août 2013, il y a déjà 6 ans, Joël Martel prenait la plume pour La Web Shop, en traitant avec brio de l’intérêt grandissant des Québécois pour le réseau social russe VKontakte. La censure à l’œuvre sur Facebook en gênait certains qui avaient décidé de déserter le géant américain, afin de partager en toute liberté des photos explicites ou d’émettre leurs opinions politiques.
Or, aujourd’hui, il semblerait que non seulement les Québécois continuent de plébisciter Facebook en masse, mais que Vkontakte n’intéressent plus que certains activistes politiques un peu spéciaux, en témoigne cette vidéo.

Si la prophétie de Joël ne s’est pas tout à fait réalisée, son article reste un des plus partagés et des plus lus de notre blogue. On vous laisse le redécouvrir ci-dessous.

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Depuis maintenant une semaine, quelques milliers de Québécois ont en quelque sorte suivi les traces de Gérard Depardieu en émigrant en Russie. Ici, je dis « en quelque sorte » car ce déménagement s’est effectué de façon virtuelle. Voilà donc que ces milliers de québécois ont déserté l’impérial Facebook pour le réseau social sans filet, VKontakte ou pour les plus intimes, VK. Phénomène temporaire ou nouvelle tendance?

Véritable McDonald’s des réseaux sociaux, Facebook voit le jour en 2004. Pour sa part, VK prendra forme en 2006. Le premier domine largement le second en matière de popularité, mais au fil des années, Facebook devient de plus en plus victime de son succès.

Autrefois réservé à une certaine catégorie d’internautes, Facebook a largement contribué à une démocratisation des réseaux sociaux. En effet, c’est de plus en plus difficile à croire, mais rappelez-vous qu’il fut un temps où l’utilisation des réseaux sociaux était principalement liée à un certain groupe d’âge ainsi qu’à une classe d’utilisateurs initiés.

Party pour tous

Les temps ont bien changé et désormais, il est fort probable que votre dernier statut où vous y exposez votre position à propos d’un sujet plutôt tabou, soit lu par votre mère où votre oncle à la retraite. Elle est bien loin l’époque où ce qui se passait sur Facebook, restait sur Facebook. Elle est aussi révolue cette époque où tout ça ne concernait que vous et vos copains. Non seulement la famille s’est invitée à votre party, mais aussi votre patron. Disons que les plus judicieux hésitent maintenant à terminer la soirée en état d’ébriété avec un abat-jour sur la tête.

De ce fait, Facebook a dû aussi s’adapter à cette démocratisation. Le fameux réseau social a donc resserré ses normes de publication et incidemment, plus son trafic a gagné en croissance, plus les âmes en risque de voir leur sensibilité être heurtée par certains propos ou certaines images ont grimpé en flèche.

Ainsi, la photo osée qui faisait autrefois rigoler vos copains court maintenant la chance d’être signalée par un internaute offusqué et là, ce sera le fameux pendant moderne du châtiment des plumes et du goudron qui vous attendra fort probablement, soit d’être banni du réseau social pour une période x.

C’est d’ailleurs cet aspect qui aura provoqué ce phénomène de migration québécoise vers VK. Car voilà, bien que VK soit pratiquement un clone de Facebook, deux petites nuances s’imposent. De un, VK était jusqu’ici une zone pratiquement inhabitée par la communauté québécoise et de deux, VK ne comporte pratiquement aucune option de signalement. C’est donc dire que vous pouvez aussi bien y publier une photo de votre enfant que celle de vos parties les plus intimes. En d’autres mots, un réseau social à l’ancienne où la censure est du domaine de l’abstrait.

Bien entendu, le nerf de la guerre sur le web est l’effet d’entraînement. L’internaute moyen qui bénéficiera d’un réseau d’une ou quelques centaines « d’amis » aura beau clamer haut et fort que telle vidéo ou que tel site est à découvrir absolument, il est très probable que l’information demeure dans le secret des dieux. Or, si VK a bénéficié d’une telle explosion de popularité, c’est en grande partie à cause de la promotion agressive qu’en ont faite certains influenceurs du Far-Web québécois dont Gab Roy, Mathieu St-Onge et l’homme aux 70 000 abonnés (ou abonnins), Matthieu Bonin.

Comme ces vlogueurs et blogueurs ont toujours cultivé un malin plaisir à se frotter à des propos et des images explicites, ceux-ci ont dû composer avec la normalisation toujours grandissante de Facebook. Le terrain de jeux dont ils ont su bénéficier est désormais clôturé et le port du casque est maintenant obligatoire pour tous. Néanmoins, malgré un certain effort de modération de la part des Roy, St-Onge et Bonin, le contenu proposé par le joyeux trio a quand même été signalé par d’autres internautes à maintes reprises et au cours des derniers mois, ces vlogueurs et blogueurs ont presque passé plus de temps en tant que persona non grata de Facebook qu’en tant qu’acteurs du réseau social.

Évidemment, si une chaîne de télé bannissait vos vedettes préférées, il y a de fortes chances que syntonisiez une chaîne concurrente afin de les retrouver. C’est d’une certaine façon le même phénomène qui se passe ici avec VK.

Le futur de l’internet?

Et maintenant, est-ce que VK en viendra à prendre une place aussi importante que Facebook au sein de la Sphère québécoise? Je serais tenté de répondre par la négative à court ou à moyen terme. Tout simplement car l’âge moyen de la masse critique d’internautes au Québec est beaucoup plus élevé que celui du public atteint par les webstars susmentionnés. On le sait, le volet québécois de Facebook ne s’est pas construit en un jour. Si Monsieur ou Madame Tout-le-Monde a fini par y participer, c’est par un long processus d’entraînement. Or, il est difficile de croire que cette tranche d’internautes acceptera de changer de réseau social comme on changera de sous-vêtement. De plus, les normes sociales étant ce qu’elles sont, ces mêmes individus ne sont généralement pas touchés par les restrictions qui constituent un irritant pour les plus jeunes internautes. Les obligations professionnelles et les codes sociaux qui régissent l’existence de l’adulte moyen font en sorte que celui-ci a déjà adhéré aux normes imposées par Facebook.

Il reste qu’à défaut de s’imposer au même titre que Facebook, VK risque fort bien de devenir une tendance. Voyons ce réseau social comme une alternative de choix à son frère américain. J’utiliserais même l’image du chalet. L’individu assoiffé de franche camaraderie et d’expériences insolites se rendra vite compte que ce n’est pas lors d’un souper en famille ou lors d’un cocktail qu’il s’adonnera à de telles sensations fortes. Mais il en sera tout autrement lorsqu’il troquera ces activités pour un périple entre copains au chalet. Pour faire une analogie un peu bête, mais toutefois révélatrice, on hésitera davantage à divertir ses copains avec un « pet fire » dans un bar plutôt qu’au chalet.

Comme l’attraction causée par la marge finit trop souvent par se dissiper avec l’âge, on peut donc déduire qu’une bonne partie de la communauté québécoise sur VK reviendra un jour ou l’autre à ses vieilles habitudes. Ainsi, assistera-t-on à un renouvellement progressif de cette communauté au fil des années? Le sentiment de liberté qui se dégage de VK finira-t-il par être étouffé par l’imposition de règles? Seul le temps le dira.

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