Le blogue est aux années 2000 ce que le journal intime était au 20e siècle… mais avec la possibilité d’avoir beaucoup plus de gens qui vous lisent!

Oublions l’image de l’ado solitaire qui blogue enfermé dans son sous-sol parce qu’au cours des dix dernières années, le phénomène est passé à un tout autre stade.  Aujourd’hui, le blogueur nous partage sa passion et son expertise avec un point de vue personnel et assumé,  un vent de fraîcheur dans un univers médiatique trop souvent formaté.

Je ne parlerai pas ici des blogues d’entreprises où, dans un contexte relié au monde du travail, le propos est davantage axé sur le côté professionnel et dirigé selon la philosophie de la compagnie. Je ne parlerai pas non plus des blogues à caractère disons plus personnel où le blogueur partage ses réflexions ou ses états d’âme. Entendons-nous, ces types de blogues peuvent être très intéressants, mais ces exemples ne s’appliquent tout simplement pas au sujet de cet article.

Je me pencherai donc ici sur le cas des blogues plus spécialisés, c’est-à-dire consacré à un sujet en particulier. Des blogues portant sur :

  • l’actualité
  • la musique
  • les arts
  • les voitures
  • les animaux
  • le web
  • la technologie
  • le cinéma
  • la télé
  • la cuisine
  • les voyages
  • la mode

Peu importe le sujet, en 2012 il est fort probable qu’il existe un blogue qui en parle. Maintenant, qu’ont en commun toutes ces personnes qui prennent le temps de tenir un blogue et d’écrire sur l’un ou l’autre de ces sujets? La passion, tout simplement! Ils s’intéressent à un domaine, lisent sur le sujet, consultent des sites web spécialisés, visitent des endroits en lien avec leur passion, prennent part à des événements et nous partagent ensuite leurs découvertes avec un ton qui leur est propre et une vision unique. Ils bénéficient ainsi d’un lectorat souvent tout aussi passionné et avide de nouveautés.

Le web a bouleversé l’univers des médias traditionnels, on ne s’informe plus de la même façon. Les médias de masse ne rejoignent plus autant de gens et on n’accepte plus aussi facilement le discours officiel qui nous est destiné. On veut maintenant trouver notre propre information, échanger, discuter, savoir ce que les autres pensent pour nous aider à se faire notre propre idée. Le blogue s’inscrit totalement dans cette nouvelle ère des communications interactives. De par son expertise, le blogueur peut devenir une source d’information alternative et valable sur un sujet donné, une sorte de journaliste version 2.0 avec un point de vue distinctif et généralement neutre. Alors, comment réagissent les médias traditionnels à la venue de ces nouveaux joueurs?

Amis ou ennemis?

Le débat a déjà eu lieu au cours des dernières années et dans les médias classiques, certains ont vu les blogueurs comme des ennemis de peu d’intérêts : des  journalistes de second ordre, des écrivains en manque de visibilité, de faux médias à qui la rigueur fait défaut, etc.  Tout le monde a droit à son opinion, mais si les blogueurs sont si « inintéressants », alors pourquoi leur accorder autant d’importance en discutant de leur non-raison d’être? Poser la question, c’est y répondre : les blogueurs ont bouleversé l’industrie et forcé les médias à revoir leur façon de faire. Un billet de Michelle Blanc portait sur le sujet en 2006, expliquant la situation des journalistes versus les blogueurs.

Maintenant, quelle est la meilleure façon de surfer sur une vague sans s’y noyer? Suivre le changement. Puisque le blogue semble être une tendance qui perdure, pourquoi ne pas miser sur celle-ci et l’intégrer à votre stratégie? Les blogueurs peuvent aussi être vos amis.  Blogues et médias traditionnels ne sont pas totalement opposés et peuvent fonctionner en complémentarité. La portée du web ne peut plus être ignorée et que ce soit au Québec ou à l’international, cette réalité doit être prise en considération.

La mode suit la tendance

Au cours des dernières années, une industrie qui a très bien compris l’importance de considérer les blogueurs est celle de la mode. Est-ce à cause du nombre imposant de blogs sur le sujet? De leur forte audience et de leur portée? Est-ce la réaction d’une industrie qui, par défaut, est déjà alerte aux nouvelles tendances? Peut-être un peu toutes ces réponses. À l’international, les blogueuses mode (des filles pour la plupart) peuvent être élevées au rang de rockstar ou presque. Place réservée dans les premières rangées lors des défilés, rencontre avec les designers, nouveaux vêtements envoyés en exclusivité, articles dans les magazines, rien n’est trop beau pour ces nouvelles vedettes de la planète Mode. Mais pourquoi autant d’égards pour d’illustres inconnues (ou presque)? Parce que sur le web, elles bénéficient d’une crédibilité certaine et d’un lectorat imposant, elle sont donc tout sauf inconnues. Un article du Business Insider de 2011 démontre, chiffres à l’appui, l’influence des blogs mode.

La blogueuse mode Tavi Gevinson de Style Rookie et Anne Wintour, l’éditrice en chef du magazine Vogue US .

Tavi Gevinson et Anna Wintour

La jeune blogueuse américaine Tavi Gevinson pose aux côtés d’Anna Wintour, éditrice en chef du Vogue américain. Tavi a débuté son blogue mode à l’âge de 11 ans. Pour plusieurs, son sens du style et son originalité font d’elle la digne héritière de Wintour. Deux générations, deux moyens de communication, mais une même passion pour la mode!

Les blogueurs vedettes Garance Doré et Scott Schuman (alias The Sartorialist)

Garance Doré est une illustratrice et blogueuse mode. Scott Schuman est l’homme derrière le blogue de « street style » The Sartorialist. Les deux sont de tous les événements mode à l’international et forment même un couple dans la vie.

De son côté, la chaîne espagnole Mango a récemment confié à Chiara Ferragni, Andy Torres et Carolina Engman, trois blogueuses mode « superstars »,  le mandat de créer une nouvelle ligne d’accessoires qui est vendue en boutique pour la saison printemps/été 2012. Les trois blogueuses sont évidemment mises en vedette dans la publicité de ces nouveaux produits.

Au Québec aussi, on ressent cette tendance. Les blogueuses mode sont invitées lors d’événements spéciaux (lancements, soirées, défilés, Semaine de la Mode, etc.) et en font la couverture via leur blogue et les médias sociaux. On remarque également que certains joueurs de l’industrie capitalisent sur l’intérêt que suscite les blogues mode. En 2010, la Maison Simons a lancé un concours dont le prix était de devenir la blogueuse Twik (marque maison de Simons) pendant six mois. L’an dernier, la chaîne télé Mlle a également couronné une blogueuse mode/beauté et ce mois-ci, c’est le magazine Clin d’Oeil qui cherche la perle rare. De belles opportunités pour les intéressées, mais une porte ouverte sur une autre question : le blogueur perd-il de sa neutralité lorsqu’il est « embauché » par une compagnie ou un magazine? Espérons que non, car c’est là l’essence même de son existence et de son expérience.

Récemment, la chaîne de magasins Reitmans a fait une belle place aux blogueuses mode québécoises de Dans la cabine, Montreal In Style et Fashionista514 dans le cadre de la promotion de leur collection d’automne 2012. Une belle initiative!

La preuve est faite, les médias traditionnels et les blogues ont leur raison d’être et peuvent cohabiter. La mode est un exemple parmi tant d’autres d’industries qui ont choisi de céder la pas à la nouveauté. Ainsi, l’interaction blogues et médias traditionnels devient donc une sorte de mutualisme qui sert un peu tout le monde finalement, les uns alimentant les autres en contenu et en visibilité, et vice versa. Certains l’ont bien compris, maintenant c’est à votre tour…

 « If you can’t beat them, join them! »